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Nutrition Quotidienne

Ferritine basse chez le sportif d'endurance : seuils, causes et comment la remonter

Florian Mouchel10 mai 2023
Un tube de prélèvement étiqueté Ferritin Test tenu par une main gantée, avec le texte « Ferritine et fer, sportif endurance »

35 µg par litre. C'est le seuil en dessous duquel je considère que les réserves de fer d'un sportif d'endurance sont entamées. Sur la plupart des comptes rendus de laboratoire, la fourchette commence à 10, 15 ou 20. Autrement dit, tu peux avoir une ferritine à 22, un résultat « dans la norme », pas un mot de ton médecin, et des réserves de fer qui ne suivent plus ton entraînement.

Sauf que ça ne se voit pas tout de suite. Ta ferritine descend pendant des mois avant que ton hémoglobine bouge, et pendant ces mois tu t'entraînes, tu progresses moins, tu récupères moins bien, et tu mets ça sur le compte de la charge, du travail, du sommeil. Sauf que quand l'hémoglobine finit par baisser, tu n'es plus dans une réserve basse : tu es dans une anémie, et il te faut des mois pour en sortir.

Je suis diététicien du sport. Voici pourquoi les sportifs d'endurance perdent du fer plus vite que les autres, à partir de quel chiffre il faut agir, comment remonter une ferritine basse par l'assiette, et quand le complément devient nécessaire.

Qu'est-ce qu'une ferritine basse chez un sportif ?

Une ferritine sous 35 µg par litre, même avec une hémoglobine normale. La ferritine mesure tes réserves de fer, l'hémoglobine mesure ce que ton sang transporte comme oxygène. Les réserves se vident d'abord, le transport flanche ensuite. Entre les deux, il peut se passer six mois pendant lesquels ton bilan standard est « normal ».

StadeFerritineHémoglobineCe que tu ressens
Réserves bassesMoins de 35 µg/LNormaleSouvent rien, ou une récupération plus lente
Carence sans anémieMoins de 20 µg/LNormaleFatigue, fréquence cardiaque plus haute à allure égale, stagnation
Anémie par carence en ferMoins de 12 µg/LMoins de 115 g/L chez la femme, 130 chez l'hommeEssoufflement, jambes lourdes, baisse nette de la performance

La carence sans anémie n'est pas anodine. Chez des sportifs dans cette situation, remonter les réserves de fer a amélioré la consommation maximale d'oxygène et l'efficacité à l'effort dans une méta-analyse de 2015 qui regroupait les essais menés chez des sportifs carencés sans anémie. Le fer ne sert pas qu'à fabriquer des globules rouges : il est dans la myoglobine de tes muscles et dans les enzymes de tes mitochondries, celles qui produisent ton énergie. Une réserve vide se paie avant l'anémie.

C'est fréquent. Selon les cohortes étudiées, 15 à 35 % des sportives et 5 à 11 % des sportifs d'endurance sont carencés.

Pourquoi les sportifs d'endurance perdent-ils du fer ?

Parce que l'entraînement en fait perdre et en bloque l'absorption en même temps. Cinq mécanismes s'additionnent.

  • L'hepcidine. C'est l'hormone qui ferme la porte du fer dans ton intestin. Chaque séance d'endurance crée une petite inflammation, et cette inflammation fait monter l'hepcidine, avec un pic 3 à 6 heures après l'effort. Pendant ce pic, le fer que tu manges passe moins. Si tu t'entraînes le soir et que ton repas riche en fer arrive trois heures après, tu l'absorbes au pire moment.
  • L'hémolyse de la foulée. À chaque impact, des globules rouges éclatent dans les capillaires de tes pieds. C'est modeste par kilomètre, et ça devient une vraie perte à 80 ou 100 km par semaine. Les cyclistes et les nageurs sont moins exposés, ce qui n'empêche pas les cyclistes d'être carencés par les autres mécanismes.
  • Les micro-saignements digestifs. Un effort long détourne le sang de l'intestin vers les muscles. La muqueuse souffre, et elle saigne un peu. Les anti-inflammatoires avant une course aggravent ce mécanisme.
  • La sueur et les règles. La sueur contient un peu de fer, et sur de gros volumes ça compte. Chez la sportive, les règles restent la première perte : c'est pour ça que la prévalence est trois fois plus haute.
  • Le manque d'énergie. Quand tu manges moins que ce que tu dépenses, l'hepcidine monte aussi, indépendamment de l'effort. Une sportive en déficit énergétique absorbe moins bien le fer qu'elle mange. Ferritine basse et déficit énergétique vont souvent ensemble, et traiter l'une sans l'autre ne tient pas.

À cela s'ajoute ce que tu mets dans ton assiette : une alimentation pauvre en viande rouge et en légumineuses, un régime végétarien mal construit, ou simplement des apports trop justes pour des besoins qui, chez un sportif d'endurance, peuvent monter jusqu'à 20 mg par jour contre 11 mg pour un adulte sédentaire et 16 mg pour une femme aux règles abondantes.

Quels sont les signes d'une ferritine basse ?

Une fatigue qui ne cède pas au repos, et une fréquence cardiaque plus haute qu'avant à la même allure. Ce sont les deux signes que je retrouve le plus souvent chez les sportifs dont la ferritine est basse. Les autres :

  • une récupération plus lente entre deux séances, des jambes lourdes au réveil ;
  • un essoufflement anormal sur des allures qui passaient ;
  • une stagnation ou une régression malgré un entraînement régulier ;
  • des infections à répétition, un rhume qui traîne ;
  • une sensibilité au froid, des mains et des pieds froids ;
  • une chute de cheveux, des ongles cassants, des envies de glace à croquer.

Sauf qu'aucun de ces signes n'est spécifique. La fatigue d'une ferritine basse ressemble à celle d'un déficit énergétique, d'une vitamine D au plancher, d'un surentraînement ou d'un sommeil insuffisant. C'est pour ça qu'on ne devine pas une ferritine : on la dose.

Quand et comment doser ta ferritine ?

Le matin, à jeun, reposé, et avec la CRP. La ferritine est aussi un marqueur d'inflammation : elle grimpe après une grosse séance, une compétition ou une infection, et elle peut te faire croire que tout va bien alors que tes réserves sont basses. La CRP dit si l'inflammation fausse la lecture.

Ce que tu demandes à ton médecin : ferritine, CRP, hémoglobine, et si possible la saturation de la transferrine. Les conditions : au moins 24 heures sans séance, 2 à 3 jours après une séance qui abîme le muscle, pas malade, hydraté, toujours dans le même laboratoire. Tout le protocole est dans l'article sur le bilan sanguin du sportif d'endurance.

Quand le faire : en début de saison, avant de monter en charge, et 2 à 3 semaines avant ta première course. Si tu as déjà été carencé, si tu es une femme réglée, si tu cours beaucoup ou si tu manges peu de viande, deux à trois dosages par an sont justifiés. Un dosage après correction se fait 8 à 12 semaines plus tard, pas avant : le fer met du temps à se stocker.

Si ta ferritine est au-dessus de 35 et que tu es fatigué quand même, ce n'est pas le fer. Regarde d'abord ce que tu manges face à ce que tu dépenses : la fatigue du sportif d'endurance a d'autres causes, et celle-là est la plus fréquente.

Comment remonter une ferritine basse par l'alimentation ?

En jouant sur trois leviers : la quantité de fer, sa forme, et ce que tu manges avec. Le chiffre sur l'étiquette ne dit pas ce que tu absorbes. Le fer héminique, celui de la viande, du poisson et des abats, passe à 15 à 35 %. Le fer non héminique, celui des végétaux, des œufs et des produits enrichis, passe à 2 à 20 % selon le reste du repas. C'est ce rendement qui fait la différence, pas la teneur.

AlimentFer pour 100 gForme
Boudin noir22,8 mgHéminique
Foie de volaille12 mgHéminique
Moules cuites10,9 mgHéminique
Bœuf, bavette ou rumsteck3 à 4 mgHéminique
Sardines2,5 mgHéminique
Graines de sésame14,6 mgNon héminique
Chocolat noir à 70 % et plus10 à 17 mgNon héminique
Graines de courge8 mgNon héminique
Flocons d'avoine4 mgNon héminique
Épinards cuits3,6 mgNon héminique
Lentilles cuites3,3 mgNon héminique
Tofu ferme2,7 mgNon héminique
Pois chiches cuits2,1 mgNon héminique
Œuf1,8 mgNon héminique

Valeurs de la table officielle de l'ANSES. Une portion de 100 g de boudin noir ou de 150 g de moules couvre à elle seule une journée. Une portion de viande rouge deux à trois fois par semaine, des légumineuses à la plupart des repas, et tu couvres tes besoins sans y penser. Les graines, le chocolat et le sésame affichent de gros chiffres, mais tu en manges 10 à 30 g, pas 100 : ils complètent, ils ne portent pas la journée.

Ce que tu manges avec compte autant que ce que tu manges :

  1. La vitamine C. Un kiwi, un demi-poivron, une orange ou un verre de jus d'agrumes pris au même repas peuvent doubler l'absorption du fer non héminique. C'est le levier le plus simple, surtout si tu manges peu de viande.
  2. La viande avec les végétaux. Quelques dizaines de grammes de viande ou de poisson dans un plat de lentilles améliorent l'absorption du fer des lentilles. Le mélange vaut mieux que l'un ou l'autre.
  3. Le thé et le café à distance. Leurs polyphénols peuvent couper l'absorption de moitié ou plus. Garde-les à une heure du repas riche en fer, pas pendant.
  4. Les produits laitiers aussi. Le calcium freine l'absorption au même repas. Ce n'est pas une raison pour les supprimer : décale le yaourt ou le fromage vers un autre repas que celui où tu comptes sur le fer.
  5. Le trempage et le levain. Les phytates des céréales complètes et des légumineuses retiennent le fer. Faire tremper, germer ou fermenter en libère une partie. Le pain au levain fait mieux que le pain à la levure.

À quel moment de la journée absorbes-tu le mieux le fer ?

Le matin, et dans la demi-heure qui suit une séance du matin plutôt que l'après-midi. C'est la conséquence directe de l'hepcidine : elle est basse au réveil et monte 3 à 6 heures après l'effort. Chez des coureurs, le fer pris dans les 30 minutes après une séance du matin était mieux absorbé que le même fer pris l'après-midi.

Concrètement, si ta ferritine est basse, place ton repas le plus riche en fer au petit-déjeuner ou au déjeuner après une séance matinale, et pas le soir après ton entraînement de 19 h. Si tu prends un complément, même règle : le matin, à jeun ou avec un aliment riche en vitamine C, loin du café.

Faut-il prendre un complément de fer ?

Pas sans dosage, et pas sans ton médecin. Le fer en excès est toxique : il s'accumule dans le foie, et une personne sur 200 à 300 porte une prédisposition génétique à le stocker trop. Prendre du fer « au cas où » parce qu'on est fatigué est l'erreur la plus courante que je vois.

Sur résultat, voici comment ça se passe en général. Entre 20 et 35 µg par litre sans symptôme, l'assiette suffit souvent, avec un contrôle à 12 semaines. Sous 20, ou sous 35 avec des symptômes et une course importante dans les trois mois, un complément se justifie, sur avis médical. Les points qui comptent :

  • La dose. Les études récentes montrent qu'une prise de 60 à 100 mg de fer élémentaire un jour sur deux est aussi bien absorbée qu'une prise quotidienne, avec moins de troubles digestifs. La prise quotidienne fait monter l'hepcidine, qui bloque la prise du lendemain.
  • Le moment. Le matin, à jeun ou avec de la vitamine C, à distance du café, du thé, des produits laitiers et de ta boisson d'effort riche en minéraux.
  • La durée. 8 à 12 semaines minimum, puis un nouveau dosage. Il faut souvent 3 à 6 mois pour rebâtir des réserves confortables.
  • La tolérance. Nausées, constipation, selles noires : c'est fréquent avec les formes classiques. La prise un jour sur deux, une forme bisglycinate ou une prise avec un repas léger aident, au prix d'une absorption un peu moindre dans ce dernier cas.
  • La voie veineuse. Elle relève du médecin, pour une anémie avérée, une intolérance au fer oral ou une course dans moins de six semaines avec une ferritine très basse.

Dans la plateforme, le module compléments te donne la fenêtre de prise et les interactions à éviter pour le fer, à partir de ton bilan.

Peut-on continuer à s'entraîner avec une ferritine basse ?

Oui si ton hémoglobine est normale, avec deux ajustements : accepte une fréquence cardiaque un peu plus haute à allure égale, et ne monte pas la charge tant que la ferritine n'est pas remontée. Si ton hémoglobine est basse, c'est une anémie : l'entraînement intense attend l'avis de ton médecin, et le volume baisse le temps de la correction.

Ce qu'il ne faut pas faire : courir après la forme perdue en ajoutant des séances. Avec des réserves de fer vides, chaque séance supplémentaire creuse le trou. La progression revient avec les réserves, pas avec la charge.

Quels profils doivent surveiller leur ferritine de près ?

Quatre profils reviennent dans mes consultations.

  • La coureuse réglée. Les règles représentent la première perte de fer, et l'endurance ajoute les autres. Un dosage deux fois par an, et une attention particulière si les règles s'espacent ou disparaissent : c'est un signal de déficit énergétique, pas un confort.
  • Le végétarien ou le végétalien. Tout son fer est non héminique. Il peut couvrir ses besoins, à condition de construire ses repas autour des légumineuses, des graines et de la vitamine C, et de garder thé et café à distance. Le régime végétarien chez le sportif a ses règles propres.
  • Le coureur à gros volume. Au-delà de 80 km par semaine, l'hémolyse de la foulée et les micro-saignements s'additionnent. Un dosage avant chaque bloc de préparation.
  • Le sportif en déficit énergétique. Il absorbe mal le fer qu'il mange. Remonter ses apports est la première étape, le fer vient ensuite. Si tu te reconnais, le questionnaire RED-S et le guide du déficit énergétique du sportif sont le bon point de départ.

Un cinquième cas, plus ponctuel : avant un stage en altitude, la ferritine doit être au-dessus de 50 µg par litre, sinon ton corps ne fabrique pas les globules rouges que tu es venu chercher.

Comment te faire accompagner ?

En consultation, on lit ta ferritine à côté de ton alimentation, de ta charge d'entraînement et de ton calendrier de courses, et tu repars avec les repas qui changent, le moment où les placer, la décision complément ou pas à présenter à ton médecin, et la date du prochain contrôle. Je ne pose pas de diagnostic : je fais le lien entre ton résultat et ce que tu manges. C'est une consultation de nutrition sportive, 45 minutes en visio, 70 €, à l'acte et sans abonnement, sur le thème fatigue et gestion de l'énergie. Ce qui se règle en consultation est détaillé dans la page diététicien du sport.

Si tu préfères un outil, la plateforme calcule ta cible de fer individualisée à partir de ton profil et de ton entraînement, et garde tes bilans à côté de ce que tu manges dans l'offre Performance, à 97 € par mois, avec 7 jours d'essai.

À retenir

  • Ferritine sous 35 µg/L : réserves entamées, même si « dans la norme ».
  • L'endurance fait perdre du fer et bloque son absorption 3 à 6 heures après l'effort.
  • Fatigue et fréquence cardiaque plus haute à allure égale : dose, ne devine pas.
  • Fer héminique à chaque fois que possible, vitamine C au même repas, thé et café à distance.
  • Le matin, après la séance, est le meilleur moment pour absorber le fer.
  • Complément sur dosage et avis médical, un jour sur deux, 8 à 12 semaines, puis contrôle.

Le guide complet : Déficit énergétique du sportif

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